Contribution de Titi

Première lueur du jour, le lac est encore endormi, et moi allongé sur mon bedchair, je me réveille doucement. Les yeux tout collés par une longue, trop longue nuit de sommeil. Une petite amertume en bouche et une question en tête : est-il temps de changer de poste ?
Changer ou pas de poste : une interrogation que nous sommes tous amenés à nous poser à un moment ou un autre. Que nous soyons sur un petit plan d’eau pour la journée ou sur un grand lac pour une ou plusieurs semaines, la question se poseras à un moment ou l’autre. Les centaines voir les milliers d’hectares s’offrant parfois à nous ne font qu’accroitre cette sensation de vouloir aller voir ce qui se passe dans la baie voisine, ou cinq kilomètres en amont.
Suivant le lieu pêché, et la législation si rapportant, il n’est pas toujours possible de visionner la totalité de l’étendue d’eau où nous avons jeté notre dévolu. Pourtant et surtout lors d’une pêche en solo, il est des plus appréciables d’avoir une idée, même grossière, de la globalité du terrain de jeu. Dans l’optique d’une pêche mobile ceci fera gagner du temps qui peut devenir précieux au moment de changer de poste. Une pêche mobile, OK, mais dans quel but et pourquoi ?
Je pense que le fait de bouger régulièrement est certainement l’un des meilleurs booster à ce qui nous feras prendre « le » poisson de plus, j’ai nommé la motivation. En effet cette mobilité a un effet très important sur le moral. Je pense que leur des pêches en solo, c’est l’élément indispensable pour retrouver l’enthousiasme du premier jour, en cassant les habitudes, qui peuvent s’installer en cas de sédentarité. Cette routine peut conduire à une certaine médiocrité dans notre pêche, dans le sens où on ne réfléchit plus à ce que l’on fait mais qu’on place ses cannes « comme d’habitude ». C’est peut être une raison pour laquelle généralement la première sortie sur un nouveau lieu est souvent une des meilleures, enfin vu de mes propres expériences. On agit alors peut être plus à l’instant et non sur des « on dit » parfois grotesques.
Si l’on souhait changer de poste c’est que généralement nous n’avons pas trouvé ce que nous cherchions, soit les prises sont inexistantes ou elles ne correspondent pas à notre objectifs. Effectivement, chacun peut se fixer un but différent et par conséquence nous sommes seul juge de la réussite ou non de sa sortie. Cet objectif est forcément en corrélation avec le lieu choisi, à moins de croire au miracle. En effet un même poisson peut passer du titre de « spécimen » à celui de « nuisible » suivant les lieux (Private Joke…), d’un étang acide de l’Ouest aux marres à thons de l’Est il y a un monde. Maintenant voici deux exemples où la mobilité a fait basculer l’issue de la pêche.
Une gravière de l’Est parisien fin Avril 2002
Un ami rencontré sur un lac de la Loire atlantique s’est vu muté en région parisienne. Arrivé dans sa région d’adoption il commence à scruter les pièces d’eau au alentour de chez lui et quelques mois plus tard me propose de venir faire une sortie dans une région envahi de gravière. Nous avions peu d’info sur ces eaux du cout le défi n’en est d’autant plus attrayant. Une semaine avant le jour J mon collègue se fait sucrer ses congés… Peu importe je pêcherais seul pendant ses deux semaines.
Jour J, heure H, me voici devant le ponton qui me servira de mise à l’eau. La voiture sera remontée d’un bon kilomètre dans le village pour plus de discrétion ;-) . Arrivée sur cette gravière de forme rectangulaire mes yeux se dirigent rapidement vers la berge ouest. Celle-ci est couverte de roselières et de nombreux herbiers, parfait pour la saison pense-je ces faibles profondeurs attireront surement quelques poissons.
Les premiers 24H me feront mentir, pas une touche malgré des spots vraiment attrayant pour cette fin avril très douce. Je décide de changer de poste mais pas de berge, persistant dans le fait que les poissons doivent bien se tenir dans ses berges peu profondes. Deuxième 24H et l’épilogue se conclue de la même façon.
Il est peut être temps de changer littéralement de zone, je me dirige donc vers la berge opposée qui est nettement plus profonde. La pêche s’effectue maintenant le long d’une petite île et sur de multiples hauts-fonds parsemant cette gravière. Là, le résultat ne sera pas la même puisque leur de la première nuit c’est deux poissons qui viendront me voir dont une de 18+.
La suite du séjour se déroulera sur ce poste, les touches s’enchaineront à un rythme que je ne pensai pas pouvoir garder sur la durée. Et pourtant moi qui est plutôt adepte de la pêche mobile je resterais 12 jours sur ce poste.
Pour conclure cet exemple, je ne pense pas que j’aurai fait une telle pêche en restant sur ce qui pourrait paraitre logique pour cette saison (faible profondeur, roseaux + herbiers). En restant mobile et non borné dans une approche typique, j’ai eu la chance de trouvé une zone où les carpes étaient littéralement empilées et affamées.
Un gros barrage du massif central Avril 2007
Lorsque devant nous se dresse le lac convoité sa beauté impose de nous le silence et l’émerveillement. Premier objectif dans une nouvelle eau dont nous n’avons pu tirer que peu d’infos : prendre un poisson.
En faisant un très rapide tour de boat nous repérons une baie où les mots « puer le poisson » paraissent faibles. Nous nous installons donc dans cette baie si prometteuse. Les premiers 24H nous donnerons raison puisque déjà à 6 reprises les détecteurs se feront entendre et dans le lot notre première 15+. Ravi d’avoir trouvé des poissons si rapidement nous en profiterons pendant cinq jours. Au bout de ce temps et une vingtaine de poissons plus tard, l’aiguille du peson restera dans la fourchette classique de nombreux barrages (7/ 12 kilos).
Considérant que la pêche est plus ou moins réussi nous déménageons dans l’espoir de toucher du poisson plus épais, et ce malgré la présence toujours évidente de poissons dans la baie précédemment pêchée.
En changeant de poste nous en profitant pour nous séparer afin de couvrir une zone plus importante et de mieux pêcher tout simplement. Mon nouveau poste est relativement différent du premier car il se situe sur la partie large du lac. Il est constitué d’une « coulure de sable » dans les caillasses où sont plantés plusieurs arbres. Sur ce poste je ferais trois nuits pour trois poissons, seulement pourrait-on penser au vu du résultat des nuits passées sur le précédent poste. Toutefois le peson fonctionnera dans une autre plage puisque celui-ci affichera une moyenne supérieure à 18 kilos.
Alors que conclure de cette sortie, je serais resté sur le premier poste j’aurais surement fais un peu plus de poisson mais toujours dans les mêmes poids. Ceci se reporte à ce que je disais plus haut; tout dépend de l’objectif que nous nous fixons au départ puis en court de séjour. Dans le cas présent encore faut-il pouvoir renoncer à certain poisson dans l’espoir dans retrouver d’autre, un dilemme pas toujours évident je l’avoue.
Ces deux sorties que j’ai pris en exemples ont bénéficié d’un dénouement heureux mais pour cela combien de sortie se sont fini avec un résultat tout autre ??? Le fait de bouger a au moins ceci de bénéfique c’est qu’il nous fait voir du paysage et dans un lieu que l’on pêche pour la première fois c’est tout de même vachement agréable. C’est aussi peut être un peu de cela qui nous amène au bord de l’eau ; un lieu majestueux dont la beauté impose le silence. Lorsque le poisson est présent la mobilité ou pas revient a préférer les regrets ou les remords.
Salut l’Alliance