Nom : Raveleau
Prénom : William
Age : 32
Profession : R&D alimentaire
Situation familiale : Pacsé (avec Lili)
• Quelle région habites-tu ?
Géographiquement en Normandie, un petit coin appelé « pays d’Auge », qui me rappelle parfois les campagnes de mon enfance, celles préservées du remembrement. Mon coeur quant à lui est clairement vendéen avec ce que cela implique.
• Quel type de pêche pratiques-tu ?
A peu près tout. En tous cas, cette passion pour la pêche a été parfois envahissante prenant la place d’autres possibilités de vie, parfois un refuge aussi, quand le biwy devient la tanière. J’ai monté avec un pote une assoc’ de pêche à tout juste 17 ans, puis une école de pêche dans la lancée. J’ai vraiment aimé ça, apprendre la pêche aux gamins est une expérience enrichissante.
Depuis quelques années dans la catégorie « carpe », je me suis sérieusement mis aux pêches de surface et aux techniques rapides. Il faut oser et laisser derrière ses a priori. Partir sur une pièce d’eau avec une canne, une boite de maïs et l’esprit du sioux reste une approche bien particulière mais très dense en de nombreux points (observation, réactivité et un peu de feeling tout de même !)
• Et où pêches-tu ?
J’essaye à chaque fois de bien me vider la tête. En gros, c'est LA priorité. Pour ce faire par dessus tout les endroits vastes et sauvages, là où l’âme à de la place. A défaut je me venge sur les petites eaux locales, histoire de laisser un peu de pression sortir par la soupape.
Ce qui devient peut-être troublant vis-à-vis d’une certaine absolution « carpiste », c’est que la pêche finalement ne devient plus le moteur premier de ma démarche. Les poissons observés dans leur élément me fascinent toujours, essayer de les prendre aussi, mais le fait même de découvrir des endroits quasi-vierges comme il y en a tant en France m’emmène bien au-delà. J’adore arriver sur de nouvelles eaux, peu importe à la limite la taille des poissons, l’important étant le mouvement, la volonté. N’est-ce pas le propre de l’homme après tout, voir ce qu’il y a derrière ?
J'ai donc principalement pêché les rivières et les lacs de barrage du grand ouest. N'étant pas seul dans la vie, les sessions d’une semaine éloignées sont toutefois assez rares.
• Quels sont tes appâts préférés et pourquoi ?
J’aime bien rouler, même au manuel. Par déformation professionnelle ou simple plaisir à tritouiller les mixes, c’est vraiment mon truc. Pour le reste, tout y passe selon le feeling du moment, de la pâtée pour chats aux féveroles équilibrées. Dites-moi où sont les carpes (vous connaissez la suite) …
• Quel est ou sont tes meilleurs et pires souvenirs ?
Mes très bons souvenirs de pêche sont extrêmement nombreux et ont très souvent en commun d’avoir été partagés. Depuis 20 ans que je cours après ces sacrés poissons, les bons souvenirs sont même innombrables. Je me rappelle de mes 3 premiers poissons de barrage (Apremont-85) par une soirée venteuse, en 91 je crois. Ça poussait si fort sur les 2lb1/2 ! Je me souviens d’une session hallucinante aussi quand au cul d’une cascade en Sarthe, un orage ultra-violent avait fait gonfler les eaux et les cannes ne restaient pas longtemps sur les piques.
Mon pire souvenir, une session sur Caba’ où le type qui m’accompagnait ne voyait que par ses résultats. Les pêches compliquées, les taules, cela arrive parfois, ce n’est pas un problème à gérer. Ce qui compte reste l’unité. A partir de ce moment là tout roule.
• Que penses-tu du mouvement carpiste dans sa globalité ?
Dans sa globalité ? C'est-à-dire qu’il est difficile d’appréhender cette question de chez soi en ne fréquentant qu’un nombre restreint de pêcheurs qui, somme toute, se ressemblent.
Le seul échantillon que j’imagine représentatif est peut-être celui qui patiente à l’entrée du forum de Montluçon ? Celui dont le sergent arrive en treillis parce que la guerre est déclarée? Ou dois-je prendre en exemple un pote qui aligne consciencieusement les steaks depuis des années sans avoir jamais publié une photo ou visité un seul site internet? Bref, pas de généralités mais un beau et grand patchwork, peut-être préjudiciable finalement à un mouvement commun efficace.
• Que penses-tu de la Pêche de nuit généralisée (si on y vient un jour) ?
Si cela pouvait faire revenir les brebis égarées du privé vers des eaux moins troubles ce serait une bonne chose (quoique ?). Pour être honnête, le petit goût pimenté du risque me plaît bien. Maintenant il faut être raisonnable à nos âges, il est certain que la pêche de nuit généralisée apporterait aussi une certaine sérénité à nos sessions. Cette question demeure encore épineuse… Par endroits, des problèmes se poseront (poubelles, relations avec les autres usagers…). Pourtant on observe que là où la PDN est généralisée ou quasiment (très grands secteurs) l’effet de dilution joue pleinement en notre faveur et bénéfique à l’image du carpiste. Donc globalement, oui à la PDN.
Ce qui me préoccupe bien davantage est l’ogre « privé », absorbant sur son passage les jeunes « carpistes » sans repères, qui vont à la carpe comme on va à Boulogne. En espérant pour eux qu’ils connaîtront un jour le grand amour sauvage du vaste domaine public, où la seule monnaie est la sueur de son front ! Pour cela il est très important d’emmener des jeunes au bord de l’eau, et leur apprendre simplement qu’il ne s’agit pas de « technique », mais bien d’une manière d’être.
• As-tu un message à faire passer ?
J’ai un peu hésité à répondre à ce questionnaire. Je ne suis pas un chasseur de spécimens. Je pêche simplement les endroits qui me font plaisir. Alors juste un message : Pratiquons notre passion sans compétition. Pêchons les, rivières de campagne, les lacs, les fleuves, prenons sans cesse la dimension des choses qui vivent tout autour. Chaque session est l’occasion de découvrir de nouveaux biotopes, de profiter à bloc de la compagnie de ses meilleurs potes. Et ensemble, le vent de la Liberté en intraveineuse, ça, oui vraiment, c’est du shoot absolu.
• As-tu un livre de chevet ?
Quelques uns. Un bonhomme que j’apprécie particulièrement, Albert Jacquard, professeur d’« humanistique » comme il se présente lui-même, qui s’est construit grâce et au travers de son rapport aux autres. Il dévoile un regard sur l’univers que je trouve absolument génial, ou la notion de bonheur est l’axe fondamental. La liste est longue mais j’ai toujours aimé les bouquins, les notes de voyage, les marges surtout...
• Un souhait pour demain ?
Profiter longtemps de mes amis, de ma famille, et garder avec indiscipline cette envie de marcher vers d’autres espaces.