Bienvenue Visiteur Liens Web | Top liste | Recommandez-nous | Contact 04 Sept 2010 - 05:53 
   
  La Horre : Juillet 2003 - 1ère Partie
Transmis par: Greg actif Dimanche, 02 Mai 2004 @ 07:00
Tout commence un matin de décembre 2001…En pleine surcharge de travail, je décide de m’octroyer quelques dizaines de minutes d’évasion sur le Net, à la recherche d’un eldorado carpiste pour mon coéquipier Laurent et moi-même, au du moins d’un plan d’eau en pleine nature, de belle superficie, et qui plus est avec de beaux poissons en prime, ce qui ne gâche rien ! Ayant passé une semaine au Val Doré durant l’été précédent, j’avais donc au préalable fait le tour de tout (ou presque car il est difficile de tout couvrir sur le web) ce que les sites français offraient comme possibilités…
Je tentais donc ma chance sur les forums anglais, qui soit dit en passant, sont de véritables mines d’informations pour tout pêcheur qui maîtrise un tant soit peu la divine langue de Shakespeare. Après quelques essais pour le moins infructueux, j’ai l’attention attirée par des posts à répétition au sujet d’un plan d’eau apparemment célèbre outre-Manche, le lac de La Horre. On y mentionne notamment des prises de poissons dépassant les cinquante livres (et pas anglaises s’il vous plaît).


Ce plan d’eau a l’air d’un écrin de verdure au milieu de la Champagne, pensez-donc, 110 hectares au sein d’une forêt de superficie équivalente, seulement 14 postes aménagés et la possibilité d’utiliser le bateau pour déposer les repères et amorcer. Après un rapide coup de fil, la réservation est effectuée via le site www.fishermanholidays.com (accords commerciaux obligent, pour les non-ressortissants français), pour la dernière semaine de juin…Le choix du poste est lui aussi savamment réfléchi (enfin disons que je suis allé à la pêche aux tuyaux sur tous les forums parlant de cet endroit) et nous optons pour le n°6, réputé pour être un des plus productifs en cette saison.


Plan d'ensemble du lac et des postes


Les principales recommandations concernant ce poste de pêche sont de trouver le lit du ruisseau traversant le lac et d’amorcer en fonction de la densité de poissons présents sur le poste et aux alentours…Il semble qu’une fois que ceux-ci soient installés, il est possible de faire des cartons mémorables !
La première surprise arrive avec le courrier de confirmation de la réservation, le règlement est disons assez strict, et c’est le moins qu’on puisse dire ! Obligation de porter des waders, de pêcher entre le 30 et le 35/ème sur le moulinet, de posséder des tapis de réception taille XXL, j’en passe et des meilleures. Mais le jeu paraît en valoir la chandelle car les échos du Net sont de plus en plus encourageants, avec notamment l’amélioration du record du lac par un pêcheur polonais avec un miroir de 27kg500, à peine un mois avant le début de notre séjour.


55 livres dans les bras !


Nous effectuons donc les achats nécessaires et je passe des soirées en compagnie de mon grand-père à bricoler un repère efficace et visible de jour comme de nuit (voir un article précédent posté ici sur Alliance .
Bien entendu, au fur et à mesure que la date de la session approchait, la tension devenait de plus en plus forte, car pour la première fois, nous allions avoir l’occasion de nous mesurer à des conditions de pêche où chaque départ pouvait nous réserver la surprise et surtout la prise de notre vie.
En pleine mise en production d’un nouveau système informatique, j’ai fait des pieds et des mains pour m’octroyer un jour de congé (le jour de mon 25ème anniversaire) afin de confectionner nos bouillettes et de cuire nos diverses graines (chénevis, maïs, féveroles et noix tigrées, les arachides étant interdites). Nous ne sommes qu’à deux jours du départ à cet instant et nous voudrions déjà être sur place !
Enfin la date fatidique arrive et nous prenons la route vers (nous l’espérons) de belles aventures. Avec les 25 kilos de pellets, 20 kilos de graines et autres 10 kilos de bouillettes, nous pouvons heureusement compter sur le soutien logistique de mes parents, tout heureux il est vrai de trouver là l’occasion de passer un petit week-end gastronomique dans cette région.
Une fois arrivés à bon port, Laurent et moi sommes tout de suite mis au parfum, et les dires de certains personnes ayant fréquenté l’endroit ne font malheureusement que se confirmer, le garde pêche, Patrice, est disons, un peu spécial…A peine accueillis, nous voilà déjà catalogués comme enquiquinants car j’avais eu le malheur de téléphoner à plusieurs reprises pour diverses questions. Mais ce n’était rien en comparaison du contrôle en règle dont nous avons fait l’objet après notre installation sur le poste. Celle-ci ne s’est d’ailleurs pas faite sans mal, au vu de la distance séparant la voiture du poste, et surtout de la chaleur étouffante régnant à cette époque de l’année.
Bref, revenons-en au contrôle du poste : m’étant absenté pour faire les courses de première nécessité, je suis tout surpris de recevoir un SMS de mon partenaire me demandant de revenir au plus vite, car nous ne sommes apparemment pas autorisés à pêcher, pour non respect de plusieurs points du règlement !!! J’arrive en quatrième vitesse au poste, mais Patrice est parti et je dois me résigner à l’attendre avant de pouvoir plaider notre cause. Une fois l’inspection des autres postes effectuée, revoilà Patrice, plus énervé que jamais.
Ne disposant que d’un seul tapis de réception et d’une seule épuisette de grande taille, nous ne sommes finalement autorisés, après moult palabres et discussions (notamment au sujet des hameçons sans ardillons, indiqués comme pouvant être écrasés à la pince dans le règlement joint au courrier de confirmation de la réservation), à pêcher avec deux cannes chacun, au lieu des trois initialement prévues. Il faut dire également, que rendez-vous est pris le lendemain pour l’achat du deuxième tapis de réception (devant être placé à un endroit déterminé par le maître des lieux) et d’hameçons sans ardillons. Je tiens aussi à remercier nos voisins anglais du poste 5 pour le prêt d’une de leurs épuisettes, qui soit dit en passant doivent impérativement se trouver en équilibre sur des mats tempêtes dans plus d’un mètre d’eau, à une vingtaine de mètres en avant et sur les côtés du poste.
Nous lançons donc nos cannes sans aucune conviction et tout à fait au hasard, la nuit étant déjà tombée depuis belle lurette. Une bonne nuit de sommeil ne sera pas de trop pour se remettre de toutes ces émotions. C’est donc sans surprise que je m’éveille le lendemain matin, sans avoir été dérangé par le moindre bip intempestif. Un bon café s’impose, pour repartir du bon pied et commencer à inspecter sérieusement le poste. Je laisse mon copain Laurent profiter des dernières minutes de sommeil avant les grandes manœuvres. A peine ai-je la tête dans l’abri à la recherche du précieux nectar matinal que deux bips me font rapidement prendre le chemin de la batterie.
C’est une touche en retour, le ferrage est effectué énergiquement et ça y est le contact avec le poisson est effectué. J’ose à peine y croire, mais une nouvelle fois mes noix tigrées «préparation maison» ne m’ont pas trahi. Une fois le poisson ferré, il faut (et c’est la règle, donc mieux vaut s’y tenir) descendre dans l’eau avec les waders et travailler le poisson. Après un peu de gymnastique matinale (hé oui pas facile d’enfiler des waders avec une canne en main), nous nous retrouvons tous les deux à combattre le poisson avec de l’eau jusqu’à la taille. Pêchant pour la première fois avec des hameçons sans ardillon, je ressens tout de même un peu plus que d’habitude la crainte du décrochage. Heureusement tout se passe bien et le poisson arrive assez vite dans l’épuisette. Il s’agit d’un bel amour blanc de 6kg500, mon nouveau record personnel à l’époque. Il est rapidement décroché et remis à l’eau, un peu il est vrai dans la crainte de voir arriver Patrice au moment où nous manipulons le poisson…
La session ne commence finalement pas si mal que ça. Une bonne discussion entre carpistes avec les voisins anglais du poste 5 (j’apprends avec effroi qu’une liste d’attente de 3 ans est monnaie courante avant d’avoir le droit de pêcher dans un étang de sa région) et un bon repas finissent de nous réconforter quant au début de la session. C’est donc avec entrain que nous prenons rapidement la barque afin de profiter du temps imparti (l’embarcation peut être utilisée de 7 à 9 heure le matin et aux mêmes heures le soir) pour sonder entièrement le poste et poser les repères mis à notre disposition (car bien évidemment je ne suis pas autorisé à utiliser ceux que j’avais apportés avec moi). Un haut fond est assez rapidement localisé, le spot reçoit donc un repère. Par contre, aucune trace du lit du ruisseau qu’on m’avait indiqué lors des prises de renseignement sur le Net. Nous choisissons donc de planter «au hasard» le deuxième repère.
Aux environs de 16 heures, mon coéquipier quitte le poste pour se rendre aux douches, distantes d’environ deux kilomètres de notre poste, ce qui signifie qu’il doit retirer ses cannes et que je dois enfiler les waders, sous un soleil de plomb. Evidemment, ce qui devait arriver arriva, à peine un petit quart d’heure de solitude, voilà que le cri du détecteur qui vient rompre la quiétude ambiante, les noix tigrées ont encore trouvé preneur. Je bondis sur la canne, ferre sans précipitation et descend dans l’eau immédiatement. Le poisson se bat assez bizarrement et je ressens de nombreux coups de tête. Quelques instants plus tard, je comprends en apercevant une nageoire ressemblant à s’y méprendre à celle d’un requin fendre la surface de l’eau, j’ai à faire à un esturgeon. Ce dernier n’est pas bien gros et finit par se rendre assez rapidement, je l’épuise donc sans grande difficulté. Après un décrochage et une pesée dans les règles (4kg500), il retrouve vite son élément naturel.
Malheureusement pour nous, le reste de la session sera nettement moins réjouissant, le temps ensoleillé et sans vent ne nous facilitant pas la tâche, mais ce ne fut rien à côté des remarques désobligeantes de notre «ami» Patrice. Malgré tout, nous enregistrerons encore en tout et pour tout un seul autre départ (de nuit), qui se soldera par une casse magistrale pour Laurent. Nous avons donc passé nos journées à visiter la région, notamment le lac du Der. Nos voisins anglais, eux aussi découragés par l’attitude du gérant, choisissent de nous quitter le jeudi matin (alors que les séjours sont prévus du samedi au samedi). Nous tiendrons à peine vingt-quatre heures de plus, et c’est la tête basse que nous rejoignons notre Belgique natale, déçus non seulement de la façon dont la session s’est passée, mais surtout convaincus de ne pas avoir su exploiter le potentiel énorme de ce lac ! Mais la déception est trop forte et nous jurons de ne jamais remettre les pieds dans cet endroit, du moins tant que la manière de gestion (et disons surtout le gérant) n’aura pas changé.
Dans les mois qui suivent, grâce à mes nombreux contacts sur la toile, je suis mis en contact avec le propriétaire de l’étang et lui fit part de mes griefs quant à notre séjour là-bas, via un mail expliquant en détail nos différents déboires vécus durant notre session. D’ailleurs je ne suis pas le seul à me plaindre, de nombreux posts sur divers forums anglais abondent dans le même sens. Quelque temps plus tard, je reçois un mail de sa part m’annonçant que le gérant du plan d’eau a changé et que c’est dorénavant quelqu’un d’autre qui prend en charge l’accueil et les contacts avec les pêcheurs. Mon sang ne fait donc qu’un tour, la décision est immédiatement prise, je veux une revanche ! Un coup d’œil sur le site web de réservation m’indique les postes libres pour la semaine durant laquelle nous souhaitons nous rendre, nous choisirons (après prise de quelques infos sur les mêmes forums anglais) le poste n°2 (voir plan du lac affiché plus haut).
En attendant, nous passons notre temps à analyser notre session, qu’avons-nous fait de mal ou plutôt que n’avons nous pas fait de bien ? Mais un beau jour, j’apprends sur divers sites Internet que finalement c’est toujours Patrice qui mène la danse autour du plan d’eau, quoi qu’on ait pu nous dire ou nous faire croire. Au fur et à mesure que la date fatidique approche, la tension se met à monter, allons-nous revivre le scénario cauchemardesque de l’année précédente ou au contraire, allons-nous réussir à serrer dans nos bras ces superbes poissons tant de fois admirés sur écran ou sur pellicule.
Commence aussi petit à petit l’élaboration des tactiques et le choix des appâts. Aucun doute au sujet des noix tigrées bien entendu, mais nous hésitons encore sur le parfum des bouillettes et la quantité à rouler. Finalement nous optons une petite dizaine de kilos de boules (7 kilos de mix en fait), réparties comme suit : 1 kilo de mix «The Source» associé au parfum du même nom, deux kilos de mix Mainline «Essential Opal» avec l’arôme Fruit-Tella, deux kilos de mix Mainline Activ-8 et deux kilos de mix Mainline «Assassin», avec leurs additifs respectifs.


Séchage des munitions


Ceci n'est pas une courgette ;-)

Bref, de quoi voir venir pensons-nous. Pour ce qui est des graines, nous optons pour les grands classiques : chènevis, maïs, lupin et noix tigrées, sans oublier une petite quinzaine de kilos de pellets bien huileux et quelques paquets de Frolic.
Le grand jour arrive enfin et le premier challenge qui nous attend est de réussir à charger la totalité de notre bardas dans les deux voitures à notre disposition. La Peugeot 206 de mon coéquipier est réservée pour les objets peu lourds et volumineux (surbaissement de la voiture oblige), comme les tapis de réception, sacs de pesée et sacs de vêtements, alors que ma Nissan Primera hébergera les appâts et les fourreaux notamment.



C'est fou tout le matos dont on peut (ou croit) avoir besoin !



Rien ne sert de se presser car les arrivées au plan d’eau ne peuvent avoir lieu avant 14 heures et nous voulons à tout prix éviter de déclencher un accès de colère de Patrice dès notre arrivée. Nous prenons donc la route calmement et nous avalons les 350 kilomètres nous séparant de notre destination par petites bouchées, avec une ultime halte à quelques kilomètres du but, dans un petit bistro tenus par des compatriotes où nous avons l’immense plaisir de pouvoir déguster une bonne bière bien de chez nous.
Quatorze heures tapantes, nous pénétrons dans la cour de la maison de Patrice et là nous constatons que nous sommes loin d’être les premiers. Qu’à cela ne tienne, nous sommes accueillis de manière fort agréable par le maître des lieux et sa compagne (Véronique, qui a fait l’objet dans un article de Lio, dans la rubrique «Carpe au féminin» d'un des derniers Carpe Record) et nous attendons notre tour en sirotant une bonne Kro. D’un naturel assez curieux, je ne peux m’empêcher de tendre l’oreille afin de voir comment les autres équipes se débrouillent avec Patrice. Tout se déroule normalement, mis à part une équipe de pêcheurs néerlandais qui ne possède pas le bon diamètre de nylon (ils ont respecté la résistance maximale autorisée mais pas le diamètre), mais tout s’arrange après l’achat d’une bobine (à un prix prohibitif, est-il besoin de le souligner) du bon diamètre.
Une fois les formalités d’enregistrement remplies, nous subissons un check-up complet du matériel requis et indispensable afin d’obtenir l’autorisation de pouvoir tremper son fil, c'est-à-dire une épuisette d’au minimum 90 centimètres d’ouverture, des waders et les sacs de pesée et de réception de grande taille. Tout se passe bien et nous prenons la direction du poste sans tarder.


Le sentier menant aux différents postes

Et là une première surprise nous attend, les herbiers ont bien profité de la canicule pour proliférer et ils recouvrent une bonne partie de la surface du plan d’eau. Heureusement, à part en bordure, il faut faire plus de 100 mètres avant d’atteindre la forêt compacte des herbiers, mais quelques plaques dérivantes nous font quand même opter pour l’usage de back-leads.


Vue générale depuis le poste n°2

Une fois tout le matériel à bon port, nous commençons par nous désaltérer afin de nous donner du courage pour l’installation des bivvys, car avant de pouvoir enfin lancer nos lignes, Patrice doit encore venir contrôler la cuisson des graines ainsi que les bas de ligne et montages.


Avant installation du campement...


Après installation du campement...

C’est aux environs de 18 heures qu’il se présente à notre au poste, et bien sûr (comme par hasard) il y a un truc qui cloche, notre fluorocarbone a le bon diamètre mais est un peu trop résistant à son goût. Heureusement qu’il en a encore du bon en stock, ben voyons ! Soit, après les explications sur la manière de travailler le poisson et de placer les épuisettes (sur des mats tempête, à une vingtaine de mètres du bord à la gauche et à la droite du poste), j’attends une bonne demi-heure (le temps qu’il finisse l’inspection des postes restants) avant d’aller en acheter.
Mais avant de quitter le poste, nous avons droit à une remarque bien sympathique de la compagne de Patrice, Véronique, qui nous demande comment il se fait que nous soyons revenus après la lettre de réclamation que j’avais écrite ! Je ne vous raconte pas quelle fut notre surprise, mais je répondis du tac au tac avec autant d’aplomb qu’elle en argumentant que nous étions là pour le cadre et les poissons et sûrement pas pour les gérants ! Sans que doute cette réponse franche et venant du cœur l’aura convaincue ou lui aura plu car elle sera charmante durant tout le reste de la semaine…
Nous refaisons donc nos bas de ligne à la hâte et décidons de ne pas mettre la barque à l’eau ce soir, vu l’heure qu’il est (plus de 20h30) nous n’avons plus assez de temps pour procéder à une inspection correcte de la topographie de notre espace de pêche. Les lignes sont lancées «à l’aveugle», pas trop près des herbiers pour ne prendre le risque de voir le poisson se réfugier dans un piège inextricable, et reçoivent chacune un amorçage parcimonieux, composé de quelques bouillettes propulsées à l’aide de nos cobras. Pour ce qui est des esches, nous déployons l’éventail de nos armes, c'est-à-dire tous les goûts de bouillettes dont nous disposons ainsi que mes noix tigrées fétiches, marinant dans leur jus gluant à souhait. Nous passons la fin de soirée à imaginer toutes sortes de scénarios possibles pour la semaine qui se présente à nous, en espérant bien sûr que celui-ci se révèle meilleur que l’année précédente à plus ou moins même époque. A l’entente de certains sauts à proximité de notre poste, le moral est de plus en plus haut.
Le lendemain matin, le moins que l’on puisse dire, c’est que les carpes nous ont laissé dormir en paix, je n’aurai pas eu l’occasion d’étrenner ma nouvelle centrale ! Pas un bip n’est venu troubler notre sommeil, et même si cela fait du bien de temps en temps, je dois bien avouer que cela ne nous aurait pas dérangé de passer une nuit agitée, loin de là. J’avais néanmoins pris la précaution de programmer mon réveil afin de me lever avec le chant du coq et de pouvoir observer les éventuels signes d’activité des carpes sur le poste. Le temps est donc venu de procéder à une exploration de notre poste. Evidemment, juste au moment où nous nous apprêtons à embarquer, deux très beaux poissons nous gratifient chacun d’un marsouinage magnifique. Que faire ? Sortir au risque de déranger les poissons déjà présents ou rester à quai et continuer à pêcher sur des spots dont nous ne connaissons pas exactement le relief. Finalement nous prenons le risque d’éventuellement déranger le poisson, car il nous reste au moins 6 jours de pêche pour le faire revenir au cas où, nous disons nous.
Nous commençons à sonder à partir d’une trentaine de mètres du bord, à l’aide d’un bâton, nous permettant du même coup de se faire une idée de la nature des fonds. Nous cherchons en vain le lit du ruisseau censé se trouver à une cinquantaine de mètres de la berge, mais sans succès. Néanmoins, sur le côté droit du poste, à environ 90 mètres, nous décelons une partie plus profonde d’une vingtaine de centimètres environ, c’est là que Laurent choisit de placer son repère. A mon tour maintenant de décider où je vais pêcher pendant les jours suivants. Contrairement à Laurent, je ne parviens pas à trouver de petite fosse mais en revenant vers le bord, à une septantaine de mètres, je perçois une poche de substrat plus dur que la normale, avec qui plus est une vingtaine de centimètres en moins de profondeur. Aucune hésitation, je largue le repère immédiatement. Chacun des spots reçoit environ deux kilos d’un mélange de graines et de bouillettes de divers arômes.
Aussitôt rentrés à bon port, nous nous empressons d’escher nos lignes et de les lancer avec le plus de précision au beau milieu des zones amorcées. Une fois ce travail effectué, il est neuf heures passé et nous préparons une bonne tasse de café et nous installons dans nos bedchairs. Il ne nous reste plus qu’à espérer que la table dressée soit au goût de nos cyprins favoris.
Et c’est apparemment le cas, car sur le coup de 9h30, le détecteur de ma canne de droite, eschée de deux noix tigrées, se met à hurler frénétiquement ! Le temps de renverser ma tasse de café et je saisis la canne en ferrant en douceur, car ayant constaté qu’une épaisse couche de vase garnissait le fond les carpes sont susceptibles d’avoir des bouches fragiles. L’enfilage des waders se passe dans le calme et en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, nous sommes à pied d’œuvre, avec de l’eau jusqu’à la taille. Le poisson ne livre pas un combat extraordinaire, et nous comprenons bientôt pourquoi. Il s’agit d’un bel amour blanc, qui est à deux doigts d’exploser notre épuisette suite à deux rushs dont j’aurais bien voulu qu’il me gratifie plus tôt, alors qu’il était au bout de la ligne. La pesée nous livre son verdict, 11kg500, ce qui constitue à ce jour mon record personnel de la catégorie.


Nouveau record perso pour la catégorie amour blanc

Ma ligne n’est pas encore relancée que c’est maintenant le carpsounder de Laurent qui entame un chant dont décidemment nous ne nous lasserons jamais. Plus besoin d’enfiler les waders cette fois. Il ferre, me donne la canne et descend du ponton avant que je la lui rende, nous commençons vraiment à être bien synchronisés et efficaces. Cette fois-ci, le combat est un peu plus âpre et il faut compter dix bonnes minutes avant d’apercevoir les premiers remous du poisson qui s’est laissé tenter par une bouillette «The Source». On distingue clairement une belle commune se débattant avec vigueur au bout de la ligne, Laurent fait très attention de garder cette dernière bien tendue car avec les hameçons dénués d’ardillon, on n’est jamais trop prudent se dit-on. Une fois épuisée et décrochée, la pesée nous indique le poids honorable de dix kilos, voilà une session qui ne commence pas mal du tout !


Premier poisson de la session pour Laurent

Nous espérons bien sûr continuer sur le même rythme mais nous devons cependant déchanter rapidement, le reste de la journée se passant sans qu’aucun bip ni saut ne vienne troubler notre poste, ni celui de nos charmants voisins français du poste 1 d’ailleurs. Mais ce n’est pas bien grave, nous restons confiants et décidons de forcer un peu plus les doses d’amorçage. Les cannes sont placées avec précision autour des repères, avec des appâts variés mais en lesquels nous avons toute confiance. A peine le soleil s’est-il couché que nous entendons déjà les premiers sauts, signes annonciateurs, nous l’espérons de tout en cœur en tout cas, d’une activité alimentaire. Aux environs de 22 heures, un départ tonitruant sur le poste voisin fait encore grimper un peu plus notre confiance. Mais à minuit nous n’avons toujours pas eu une seule tirette et nous décidons de rejoindre nos duvets en priant pour en sortir en sursaut le plus vite possible.
A peine le temps de tomber dans les bras de Morphée que le cri strident d’un détecteur nous sort de notre torpeur. La canne «pop-up» de Laurent a apparemment trouvé un amateur, merci monsieur Warwick pour vos pop-ups fluo ! En pleine obscurité, nous nous attelons à enfiler les waders le plus vite possible et nous voilà déjà en plein combat. Dans le faisceau de ma frontale, je distingue bientôt la forme du poisson qui est prêt à se laisser envelopper par le filet de mon épuisette. Il s’agit d’un bel esturgeon, le tout premier pour Laurent. Celui-ci pèse 6kg500 et est rapidement rendu à son élément.


Premier esturgeon pour Laurent

Ce n’est pas une des grosses carpes tant attendue(s) mais ce n’est déjà pas si mal. Nous nous recouchons donc avec le secret espoir de se relever dès que possible. Biiiiiiiiiiiiiiiip, biiiiiiiiiiiiiiiiip, biiiiiiiiiiiiiiiiiip, dans une sorte d’état second je distingue le bruit de ma toute nouvelle centrale mais ne réalise pas que c’est un départ qui le provoque. Laurent me crie dessus comme un beau diable, et la seule réponse que je parviens à lui fournir est que c’est moi qui joue avec la centrale et qui provoque les bips, ce qui est évidemment tout à fait impossible !!! Finalement, il se lève pour ferrer et je ne sais par quel hasard, en même temps je réalise que je suis en train de rêver à moitié et je me lève aussitôt également. Je parviens aux cannes après un parcours sans faute, ayant bondi hors de mon bedchair, franchi la moustiquaire de mon biwy, et grimpé sur le ponton en moins de temps qu’il ne faut pour le dire ! Autant dire qu’après un départ aussi «prolongé», sur la canne garnie de deux petites (14mm) bouillettes au parfum Assassin, le ferrage n’est plus vraiment nécessaire…Le contact est donc effectué et une petite dizaine de minutes plus tard, c’est une jolie commune qui vient nous faire l’honneur de sa présence. Après avoir pris connaissance de son poids (7kg500) nous lui rendons sa liberté, présent qu’elle semble apprécier puisqu’elle nous remercie au moyen d’un superbe mouvement de caudale, nous éclaboussant de haut en bas.


Greg démarre la catégorie carpe en douceur...7kg500

Les bouillettes nous ont donc rapporté trois départs sur quatre jusqu’à présent…Il est presque 5 heures et le jour commence à pointer le bout de son nez.
Nous trouvons néanmoins le courage de nous lever dès 7 heures (pas si facile que ça pour un dormeur comme Laurent) pour aller amorcer, cette fois-ci avec une proportion de bouillettes un peu plus conséquente puisque nos chers cyprinidés semblent les trouver à leur goût, mais malheureusement tous nos efforts restent vains et le soleil arrive à son zénith sans que nous ayons eu la chance d’enregistrer le moindre départ.


A l'abordage pour l'amorçage, moussaillons !!!


Mais cela n’entame pas pour autant notre moral car nous profitons de l’après-midi pour visiter les grands réservoirs de la région (Amance, Orient et le lac du Temple), et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils ne manquent pas de charme ni d’atouts, ils méritent assurément leur réputation de lacs à baroudeurs ! De retour aux environs de 17h30-18h00, nous apprenons, sans surprise à vrai dire, qu’aucun prise n’a été enregistrée pendant notre absence…Les poissons de La Horre semblent être décidemment très nyctalopes !
L’amorçage du soir sera cette fois à base de graines, maïs, chènevis, et noix tigrées, ces dernières en quantité homéopathique pour ne pas gaver le poisson. Quelques bouillettes, distribuées avec parcimonie, viennent également agrémenter le repas du soir, que nous espérons assez copieux pour retenir les carpes un peu plus longtemps qu’à l’accoutumée. La soirée se passe assez calmement et nous avons tout le temps de déguster une délicieuse paëlla et un bon petit vin de pays. Vers 22 heures, le poste 1 enregistre deux départs à la suite, voilà une nuit qui s’annonce prometteuse car le prochain arrêt sur le parcours de leur recherche de nourriture se situe sur nos repères, enfin c’est ce que nous croyons au plus fort de nous-mêmes.
Vous découvrirez bientôt ce qu’il en est advenu dans la deuxième partie du récit de cette session à La Horre, qui paraîtra dans quelques jours sur Alliance…


La Horre : Juillet 2003 - 1ère Partie
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| 23 Commentaires
Disposition
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Re: La Horre : Juillet 2003 - 1ère Partie (Score : 1)
par carphunter (carphunter@alliancepeche.net)
actif 02 Mai 2004 - 11:31
(Profil Utilisateur | Envoyer un message) http://www.alliancepeche.net/
Un grand bravo à l'auteur le plus bavard d'Alliance.

Un grand merci pour le temps consacré à Alliance quand on connait ton emploi du temps actuel.

Vivement Septembre.

Michel


Re: La Horre : Juillet 2003 - 1ère Partie (Score : 1)
par Néo52 (-)
actif 02 Mai 2004 - 21:09
(Profil Utilisateur | Envoyer un message)
Bravo Greg pour cet excellent début de récit qui nous laisse sur notre faim ...

Par contre la fouille au corps par Patrice, ça ne doit pas être très agréable ...et... ça doit refroidir l'ambiance
" les poissons de la horre sont nyctalopes" , Au début je me suis dit que tu y allais un peu fort. Mais après vérication dans le dico, j'ai du en convenir qu'il n'y avait rien de graveleux dans tout cela ... mdrrrrrr

A bientôt avec une jupi à la main sur le fighting dream.
Thierry


Re: La Horre : Juillet 2003 - 1ère Partie (Score : 1)
par reg59 (passioncarpe@msn.com)
actif 02 Mai 2004 - 21:27
(Profil Utilisateur | Envoyer un message)
le gardien des lieux me fait penser a un autre spécimen , hautement doué dans le contrôle , mais bon....... , vous avez eu raison de récidiver .... le site a l'air plutôt pas mal d'ailleurs ..........
en tout cas merci , greg , pour le récit de session , la suite arrive vite j'espére ! ;)
@+ régis


Re: La Horre : Juillet 2003 - 1ère Partie (Score : 1)
par CHOP150 (frederic.chopineaux@wipo.int)
actif 03 Mai 2004 - 12:01
(Profil Utilisateur | Envoyer un message)
salut Greg.

Félicitations pour la qualité de ton récit.
Par contre, je comprends pas ton abnégation à revenir sur ce genre de plan d'eau!Préserver les carpes, c'est très bien mais les gérants feraient bien aussi de faire preuve d'un peu plus de courtoisie avec leurs clients à mon sens.
On aurait aimé connaître les tarifs, histoire d'avoir une raison de plus de ne pas y mettre les pieds!

A+


Re: La Horre : Juillet 2003 - 1ère Partie (Score : 1)
par lio actif 03 Mai 2004 - 15:18

(Profil Utilisateur | Envoyer un message) http://

Je suis surpris du commentaire excessif de certains par rapport au gérant...que je connais bien.... sans être allé là bas.

Je rapelle que La Horre est une réserve écologique...et que même si certaines fois Patrice est un peu trop pointilleux , c'est à ce prix que l'on ne voit pas toute une faune tant redoutée sur certains plans d'eau.... que les poissons resteront en bonne santé et que le site pourra rester ouvert
!
Pour voir les tours remonter des fish actuellement et " les jeter" litérallement dans les boats actuellement à cassien ( j'étais encore au tel avec un témoin de cette scène hier...) , je peux vous dire que les poissons seraient content qu'un Patrice les "protège" bras ouest actuellement....

Patrice se lève tous les matins très tot pour faire le tour du lac et voir si les carpes ne vont pas rester indéfiniment au sac...au départ parce qu'il les aime....
Et quand il sent que certains pêcheurs ne sont pas réellement" aggairis....ils est un peu plus présent ...mais il faut savoir qu'on ne pêche pas à La Horre des poissons de 6 ou 7 kilos...mais que le cheptel est plutôt constitué de spécimens...qui valent la peine d'être "protégés"....non?

Je pense quavec la seconde partie....certaines choses rentreront dans l'ordre...


Re (Score : 0)
par Visiteurs actif 09 Juin 2008 - 12:29
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